In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 3 novembre 2019

J.C. - Perry County, KY (1959)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe et documentariste américain John Cohen (1932-2019), disparu en septembre. Également musicien, il a joué un rôle central dans la préservation et la revitalisation de la musique folk traditionnelle américaine. En 1958, Cohen cofonde les New Lost City Ramblers, un groupe dédié à la redécouverte et à la diffusion de la musique old-time des Appalaches. Aux côtés de Mike Seeger et Tom Paley, il s'attache à restituer fidèlement les styles musicaux des années 1920 et 1930, influençant ainsi de nombreux artistes et contribuant au renouveau folk des années 1960.

J.C. - Leatherwood, KY (1959)
Photographe, John Cohen saisit avec acuité les figures emblématiques de la scène artistique new-yorkaise. Il réalise notamment des portraits marquants de Dylan à ses débuts, ainsi que de Jack Kerouac et Allen Ginsberg.
Son regard ne se limite cependant pas à l’effervescence urbaine : il s’attache aussi à l’Amérique rurale, celle des Appalaches, où il documente la vie et la musique des artistes traditionnels comme Roscoe Holcomb avec beaucoup de sensibilité (voir Roscoe Holcomb's hands).
John Cohen vient de s'éteindre le 16 dernier à l'âge de 87 ans, en laissant derrière lui un héritage unique sur la diversité et la profondeur des traditions culturelles américaines.
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samedi 2 novembre 2019

Frederic Edwyn Church - River of light (1877)
Une image et des mots. L'américain Frederic Edwin Church (1826-1900) était une figure majeure de l'École de peintres paysagistes de l'Hudson River School, déjà évoquée ici avec Bierstadt en juillet 2008.
À deux reprises, celui qui fut surnommé le Michel-Ange du paysage part en Amérique du sud, inspiré par les récits d'Alexandre de Humboldt, auteur du Voyage en Amérique équinoxiale et à qui l'on doit notamment l'exploration du Brazo Casiquiare, ce cours d'eau qui relie les bassins hydrographiques de l'Orénoque et de l'Amazone.

Ce tableau, River of light (1877), fruit de ces voyages, est conservé à la National Gallery of Art de Washington qui présente ainsi le peintre :
"Comme son maître Thomas Cole, Church exprime en célébrant dans ses paysages les merveilles apparemment infinies de la nature un sens stupéfiant du sublime. L'artiste consacrait énormément de temps à l'étude scientifique, convaincu que la connaissance de l'optique, de la météorologie, de la botanique et de l'écologie apporterait beaucoup à son travail."

Pour aller avec, j'ai choisi les mots de Roberto Juarroz, extraits de sa Dixième poésie verticale.

Eras el portador de la aventura
el huéped de lo insólito,
Titular de los trajines del milagro,
depositario de las rúbricas del viento,
capitán del azul inesperado,
reinventor general de lo existente.

No importa que las costras de la vida
sometieran tu heráldico penacho.
No importa que tu enorme expectativa
se hundiera en los sarcófagos bruñidos.
No importa que tus manos siempre abiertas
te las hayan cerrado con usuras.
No importa que tus sueños para todos
se volvieran un sueño para nadie.

Basta sencillamente que hayas sido
lo que alguna vez fuiste :
un hueco de tos joven
en la cueva envejica del mundo.

***

Tu étais le porteur de l’aventure,
l’hôte de l’insolite,
maître des allées et venues du miracle,
dépositaire des rubriques du vent,
capitaine du bleu inespéré,
réinventeur général de l’existant.

Peu importe que les croûtes de la vie
aient soumis ton panache héraldique.
Peu importe que ton énorme attente
se soit enfouie dans les sarcophages polis.
Peu importe que tes mains toujours ouvertes
aient été fermées par l’usure.
Peu importe que tes rêves pour tous
ne soient devenus un rêve pour personne.

Il suffit simplement que tu aies été
ce qu’un jour tu fus :
une caverne de jeune toux
dans la grotte vieillie du monde.

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dimanche 27 octobre 2019

J. Ahn - Untitled

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain d'origine coréenne Jonathan Jungsuk Ahn (b.1977). Formé dès l’enfance à Boston par Nancy Angell-Rickenbacker – ancienne élève de Picasso et de Kokoschka, qui restera son mentor pendant dix ans –, il reçoit un enseignement exigeant : « Elle me donnait beaucoup de devoirs, par exemple en me confiant un livre de dessins de Michel-Ange et en me faisant les copier tous. Elle m’a aussi initié à une grande part de l’histoire de l’art, par les livres et en m’emmenant au Museum of Fine Arts de Boston pour me montrer des œuvres du grand portraitiste américain John Singer Sargent ou du maître français de l’académisme du XIXᵉ siècle, Jean-Léon Gérôme. »
J.A. - Seoul

Après le lycée, Ahn part à Paris pour étudier l’histoire de l’art à l’American University. La mort soudaine d’Angell-Rickenbacker en 1996 le détourne un temps de la peinture, mais il retrouve le goût de travailler au contact direct des chefs-d’œuvre, en copiant notamment Géricault et Monet dans les musées parisiens.
Installé à San Francisco en 2005, il poursuit sa formation à l’Academy of Art University auprès de Craig Nelson, Warren Chang, Baoping Chen, Zhaoming Wu et Tomutsu Takishima. Son œuvre explore principalement deux thèmes : des portraits – très souvent féminins – et des paysages urbains baignés de pluie, où l’asphalte luisant et les reflets lumineux deviennent la matière même du tableau. « Je veux que ça reste viscéral, capter l’atmosphère sans trop en dire. Traduire des émotions simples – anxiété, tristesse, attente – sans être trop explicite. »

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